Les Citroën des années 70 racontent une décennie contrastée : des voitures audacieuses, parfois déroutantes, souvent cultes, puis une crise industrielle qui conduit au rachat par Peugeot en 1976. Pour comprendre cette période, il faut regarder les modèles, mais aussi l’esprit qui les relie, avec le confort hydraulique, les lignes atypiques, le goût du risque et une gamme qui devient peu à peu plus rationnelle.
Une décennie charnière pour Citroën
Au début des années 70, Citroën garde une image à part dans l’automobile française. La marque ne se contente pas de fabriquer des voitures : elle défend une autre idée de la voiture. La DS, déjà devenue un modèle culte depuis sa présentation du 6 octobre 1955, incarne encore le haut de gamme technologique. La GS apporte une réponse plus accessible, tandis que la SM pousse l’ambition vers le grand tourisme.

Cette créativité a un coût. Les années 1970 sont marquées par des tensions économiques, des investissements lourds et une gamme parfois difficile à rentabiliser. La période 1970-1976 marque ainsi un basculement : Citroën reste très originale, mais doit composer avec une crise industrielle profonde. Le rachat par Peugeot en 1976 ouvre ensuite une nouvelle séquence, plus structurée, souvent jugée plus raisonnable, mais parfois perçue par les passionnés comme le début d’une perte d’originalité.
Pourquoi cette période fascine encore
La force des Citroën des années 70 tient à leur contraste. Elles peuvent être populaires comme la 2CV, statutaires comme la DS, sophistiquées comme la SM ou familiales et modernes comme la GS. Toutes ne visent pas le même conducteur, mais beaucoup partagent un même refus de la banalité. Un tableau de bord étonnant, une silhouette fluide, une suspension qui efface la route : ces détails ont marqué les souvenirs autant que les fiches techniques.
Les modèles qui définissent les Citroën des années 70
La décennie ne se résume pas à un seul modèle. Elle ressemble plutôt à une photographie de famille où cohabitent plusieurs générations : des voitures héritées de l’après-guerre, des icônes encore très présentes et des modèles qui annoncent une nouvelle ère. Cette diversité explique aussi pourquoi les Citroën de cette période intéressent à la fois les amateurs d’histoire automobile et les collectionneurs.
| Modèle | Place dans la gamme | Ce qui le rend marquant |
|---|---|---|
| DS 19, 21, 23 | Haut de gamme | Suspension oléopneumatique, confort, image présidentielle et culturelle |
| ID | Grande berline plus simple | Esprit DS avec une approche plus accessible |
| GS | Familiale moderne | Compromis entre innovation, confort et usage quotidien |
| SM | Grand tourisme haut de gamme | Ligne spectaculaire, technologie avancée, image de voiture d’exception |
| 2CV | Populaire et utilitaire | Simplicité, robustesse, attachement populaire |
DS et ID : le prestige hydraulique
La DS reste la grande vedette de l’époque. Même si sa conception remonte aux années 50, elle paraît encore moderne dans les années 70 grâce à son confort, à sa silhouette basse et à ses solutions techniques. Sa suspension oléopneumatique, ses freins à disque assistés, sa direction à assistance hydraulique et sa boîte de vitesse semi-automatique selon les versions nourrissent son statut de voiture à part.
L’ID joue un rôle complémentaire. Plus simple dans son approche, elle permet d’entrer dans l’univers de la grande Citroën sans choisir la version la plus sophistiquée. Pour un collectionneur, cette différence compte. Une DS très équipée impressionne, mais une ID bien conservée peut offrir une expérience authentique et plus facile à appréhender.
GS et SM : deux réponses opposées à la modernité
La GS représente l’intelligence familiale de Citroën : une voiture pensée pour rouler, absorber les irrégularités, transporter une famille et conserver une vraie personnalité. Elle montre que l’innovation ne se limite pas au luxe. Son intérêt actuel vient justement de cette position intermédiaire, moins mythifiée qu’une DS, mais très représentative de l’ingénierie Citroën des années 70.
La SM appartient à un autre registre. C’est le modèle haut de gamme spectaculaire, celui qui assume une ligne de science-fiction et une ambition de grande routière. Elle fascine autant qu’elle intimide, notamment parce que sa restauration demande davantage de méthode, de budget et de compétence technique. C’est aussi ce qui la rend si singulière dans la gamme Citroën.
Design et innovations : ce qui faisait vraiment la différence
Chez Citroën, l’innovation des années 70 ne se limite pas à une liste d’équipements. Elle modifie la sensation de conduite. Le conducteur ne perçoit pas seulement une suspension souple ou une direction assistée : il a l’impression que la voiture travaille avec la route, qu’elle compense, corrige et filtre. C’est cette impression qui donne à beaucoup de modèles Citroën leur caractère si reconnaissable.
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La suspension oléopneumatique est l’exemple le plus connu. Elle participe au confort, mais aussi à l’identité même de la marque. Sur une DS ou une GS, le rapport au bitume devient différent. La voiture flotte sans être molle lorsqu’elle est bien réglée. Cet équilibre explique pourquoi tant de passionnés parlent encore de ces modèles avec un vocabulaire presque sensoriel.
Il faut aussi regarder les habitacles. Les tableaux de bord Citroën ne cherchent pas toujours la convention. Certains détails paraissent aujourd’hui étranges, mais cette étrangeté fait partie du charme : commandes originales, ergonomie singulière, instrumentation très typée. Là où d’autres voitures anciennes séduisent par leur classicisme, les Citroën des années 70 séduisent souvent par leur audace.
Une bonne façon d’évaluer une Citroën ancienne consiste à raisonner avec méthode. Ce n’est pas seulement la carrosserie qui compte, mais aussi ce qui se cache dessous. Une voiture peut briller dehors et cacher un circuit hydraulique fatigué, des retours de fuite négligés ou une corrosion discrète dans les zones basses. À l’inverse, un exemplaire moins flatteur mais entretenu avec constance peut être une base plus saine. Pour l’acheteur, observer les cycles de montée, la stabilité à l’arrêt, les traces au sol et la régularité du freinage en dit parfois plus qu’une peinture récente.
De la voiture culte à l’objet de collection
Les Citroën des années 70 occupent une place particulière dans la mémoire collective. La DS est associée au pouvoir, aux grands trajets, à Charles De Gaulle, mais aussi au cinéma et à la culture populaire. Son élégance presque solennelle en fait davantage qu’une berline : elle est devenue un symbole français. La GS et la SM ont ensuite prolongé cette image, chacune à sa manière, avec des objectifs très différents.
La 2CV joue un rôle inverse et complémentaire. Là où la DS impressionne, elle rassure. Elle évoque les chemins, les vacances, les usages simples, parfois la débrouille. Cette coexistence entre voiture présidentielle et voiture populaire illustre très bien la largeur du patrimoine Citroën. C’est aussi ce mélange qui explique la fidélité des amateurs à la marque.
Ce que recherchent les collectionneurs
Un collectionneur ne cherche pas toujours le modèle le plus cher ou le plus rare. Il recherche souvent une cohérence : un historique clair, une configuration crédible, un état conforme à l’usage prévu. Pour une DS, l’attention portera sur l’hydraulique, la corrosion, la conformité de l’intérieur et la qualité des travaux réalisés. Pour une GS, il faudra surveiller la disponibilité des pièces spécifiques et l’état général, car une restauration trop lourde peut vite dépasser la valeur de la voiture.
Le marché de la collection valorise particulièrement les exemplaires sains, documentés et restaurés avec sérieux. Une restauration peut demander 4 ans de travail pour ramener un véhicule ancien à un très bon niveau. Après une remise en route, un contrôle technique récent, par exemple de 15 jours, rassure davantage qu’une simple promesse orale. Ces repères comptent autant que le charme du modèle.
Acheter ou restaurer une Citroën année 70 sans se tromper
Avant d’acheter, il faut définir son projet. Cherche-t-on une voiture à exposer, une ancienne pour rouler régulièrement, ou une base de restauration ? La réponse change tout. Une SM séduira l’amateur de rareté et de technologie, mais elle n’a pas les mêmes exigences qu’une 2CV. Une DS offre une aura incomparable, mais réclame un contrôle technique et mécanique sérieux. Une GS peut être un choix passionnant pour rouler différent, à condition de ne pas sous-estimer les pièces et la main-d’œuvre.
- Vérifier l’historique : factures, anciens contrôles, photos de restauration, cohérence du kilométrage annoncé.
- Observer la corrosion : bas de caisse, planchers, passages de roue, zones cachées sous les garnitures.
- Tester l’hydraulique : montée de caisse, freinage, direction, fuites visibles, comportement après arrêt prolongé.
- Comparer les annonces : état réel, rareté de la version, qualité des travaux, disponibilité des pièces.
- Prévoir un budget après achat : même une voiture roulante peut nécessiter pneus, fluides, sphères, réglages ou sellerie.
Le bon choix n’est donc pas forcément le moins cher. Une Citroën des années 70 mal achetée peut devenir coûteuse, surtout si l’on découvre tardivement une restauration approximative. À l’inverse, un exemplaire plus cher mais sain, bien documenté et entretenu par des spécialistes peut offrir une expérience beaucoup plus sereine.
Ces voitures restent recherchées parce qu’elles ne ressemblent à aucune autre. Elles racontent une France automobile inventive, parfois fragile, mais profondément marquante. DS, ID, GS, SM ou 2CV : chacune porte une facette de Citroën, entre audace technique, mémoire populaire et plaisir de collection.

